Travail & Droits

Quitter un CDI pour un autre CDI sans préavis : est-ce possible ?

LA 14 septembre 2026
Quitter un CDI pour un autre CDI sans préavis : est-ce possible ?

Mis à jour le 14 septembre 2026

Sommaire

Le préavis de démission est le délai qui s’écoule entre l’annonce d’un départ et la date effective de fin du contrat de travail, période pendant laquelle le salarié reste normalement tenu de continuer à travailler. Beaucoup de salariés qui viennent de signer un nouveau CDI voudraient démarrer tout de suite chez leur futur employeur, sans attendre la fin de cette parenthèse. Cette envie se heurte à des règles précises, qui séparent nettement le départ négocié du départ imposé sans accord.

En bref : quitter un CDI pour rejoindre immédiatement un autre CDI sans exécuter son préavis n’est possible que si l’employeur accorde une dispense, de sa propre initiative, à la demande du salarié, ou parce que la convention collective le prévoit lorsque le salarié a retrouvé un emploi. Sans cet accord exprès, le salarié doit aller jusqu’au bout de son préavis et ne peut pas commencer à travailler ailleurs, sous peine de devoir verser une indemnité compensatrice à son ancien employeur et de s’exposer à des dommages-intérêts pour rupture abusive.

Le préavis est-il vraiment obligatoire avant de partir ?

Oui, dans la très grande majorité des cas. Dès qu’une démission ou un licenciement est notifié, un délai s’écoule avant la rupture effective du contrat, et le salarié reste soumis à ses obligations habituelles pendant toute cette période, sauf dispense accordée. La fiche officielle mise à jour au printemps 2026 rappelle ce principe sans ambiguïté : sans dispense, le salarié doit réaliser la totalité de son préavis jusqu’à la date de fin de contrat, et il ne peut pas aller travailler pour un autre employeur pendant ce temps.

Cette règle vaut pour la démission comme pour le licenciement, quel que soit le motif invoqué par le salarié pour partir. Un salarié qui démissionne pour rejoindre un CDI plus intéressant, mais aussi celui qui quitte son poste pour un tout autre motif, se retrouve donc dans la même situation de principe. C’est notamment le cas d’une démission pour raison de santé, qui ouvre parfois droit au chômage mais reste soumise à cette même logique de préavis, sauf dispense particulière.

Comment obtenir une dispense pour partir avant la fin du préavis ?

Trois voies existent pour ne pas exécuter le préavis en totalité, et elles produisent des conséquences différentes. La première vient de l’employeur lui-même, qui peut décider de dispenser le salarié sans même que celui-ci l’ait demandé. Dans ce cas, le salarié perçoit une indemnité compensatrice de préavis correspondant à la période non travaillée, et il peut occuper son nouvel emploi immédiatement, à condition de ne pas être lié par une clause de non-concurrence. Si une telle clause figure dans le contrat, le salarié touche l’indemnité compensatrice et l’indemnité de non-concurrence, mais il ne peut pas aller travailler chez un autre employeur tant que la clause s’applique.

La deuxième voie part du salarié lui-même : il peut demander à son employeur d’être dispensé de préavis. Si l’employeur donne son accord exprès, le préavis n’est ni réalisé ni payé, et le salarié peut commencer son nouveau CDI dès la date de rupture du contrat, sous la même réserve d’une éventuelle clause de non-concurrence. La nuance est ici importante : contrairement à la dispense décidée par l’employeur, celle demandée par le salarié ne s’accompagne d’aucune indemnité compensatrice, puisque la période non travaillée n’est simplement pas rémunérée.

La troisième possibilité relève de la convention collective applicable à l’entreprise. Certaines conventions prévoient une dispense totale ou partielle de préavis lorsque le salarié démissionnaire justifie avoir retrouvé un emploi. Un simulateur officiel permet de retrouver la convention collective applicable à partir du nom de l’entreprise ou de son numéro Siret; c’est souvent le premier réflexe à avoir avant même de négocier avec son employeur, car une clause conventionnelle favorable peut suffire à débloquer la situation sans discussion.

Que risque-t-on en partant sans l’accord de l’employeur ?

Le risque financier est réel et pèse d’abord sur le salarié parti trop vite. Si l’employeur refuse la dispense demandée, ou ne propose lui-même aucune dispense, et que le salarié quitte tout de même son poste pour rejoindre son nouveau CDI, l’employeur peut saisir le conseil de prud’hommes pour obtenir une indemnité compensatrice de préavis, correspondant au salaire de la période non exécutée. Il peut également réclamer des dommages-intérêts pour rupture abusive du contrat, mais seulement s’il parvient à démontrer un préjudice spécifique, ce qui suppose davantage qu’une simple gêne organisationnelle.

Autre point souvent ignoré : l’employeur lésé ne se limite pas forcément à agir contre son ancien salarié. Il peut aussi poursuivre le nouvel employeur devant le conseil de prud’hommes, en particulier s’il estime que ce dernier a sciemment recruté un salarié qui n’avait pas terminé son préavis. Un cas particulier mérite d’être signalé : si le salarié est en congés payés pendant sa période de préavis, il lui est interdit de prendre un nouvel emploi durant ces congés, même si un accord de dispense a par ailleurs été trouvé pour le reste du préavis. Cette interdiction rejoint d’ailleurs une question voisine, celle de savoir si l’on peut travailler en intérim pendant ses congés payés, où la même logique de protection du repos du salarié s’applique.

Quitter un CDD pour un CDI obéit-il aux mêmes règles ?

Non, et c’est une distinction à connaître si l’on hésite entre les deux situations. Le salarié en CDD qui décroche un CDI bénéficie d’un mécanisme légal spécifique : il peut rompre son contrat à durée déterminée par anticipation du seul fait de cette embauche en CDI, sans que cette rupture soit assimilée à une faute ou à un abandon de poste. Un modèle de lettre existe précisément pour formaliser cette démarche, envoyée en recommandé avec accusé de réception ou remise contre décharge, dans laquelle le salarié signifie sa décision de rompre le contrat par anticipation du fait de son embauche en CDI.

Rien de comparable n’existe pour un salarié qui est déjà en CDI et qui souhaite en rejoindre un autre. Aucune disposition légale ne lui donne un droit automatique à partir sans délai simplement parce qu’il a signé un nouveau contrat : tout repose sur la négociation d’une dispense avec l’employeur actuel, ou sur une clause conventionnelle favorable. La situation du CDD vers le CDI est donc nettement plus protectrice pour le salarié que celle du CDI vers le CDI, qui reste soumise à l’accord de l’employeur en place.

Comment négocier concrètement une dispense de préavis ?

La première chose à vérifier avant toute demande, c’est l’existence d’une clause de non-concurrence dans le contrat en cours. Une dispense de préavis obtenue ne sert à rien si une clause de ce type empêche ensuite le salarié de rejoindre un concurrent ou une activité proche pendant la durée fixée par le contrat. Une fois ce point vérifié, le salarié a intérêt à formuler sa demande de dispense clairement, de préférence par écrit, car l’accord de l’employeur doit être exprès pour produire ses effets : un accord tacite ou ambigu ne suffit pas à sécuriser la situation en cas de litige ultérieur.

Regarder la convention collective avant même d’entamer la discussion change souvent la donne, puisqu’une clause de dispense automatique en cas de nouvel emploi retrouvé dispense parfois d’avoir à négocier quoi que ce soit avec l’employeur. À défaut, la marge de négociation dépend surtout de la relation avec l’employeur et de sa capacité à organiser un remplacement rapide : proposer une date de départ un peu décalée par rapport à celle souhaitée par le futur employeur, ou accepter une dispense partielle plutôt que totale, permet souvent de débloquer une situation qui semblait figée.

Questions fréquentes

L’employeur peut-il refuser la dispense même si j’ai déjà signé mon nouveau contrat ?

Oui. Avoir signé un nouveau CDI ne crée aucune obligation légale pour l’ancien employeur d’accorder une dispense de préavis : s’il refuse, le salarié doit exécuter la totalité de son préavis jusqu’à la date de fin de contrat, quelle que soit la date d’embauche prévue chez le nouvel employeur.

Le nouvel employeur peut-il être poursuivi si je ne termine pas mon préavis actuel ?

Oui, c’est une possibilité prévue par la réglementation. L’ancien employeur peut saisir le conseil de prud’hommes non seulement contre le salarié parti trop tôt, mais aussi contre le nouvel employeur qui l’a embauché avant la fin du préavis non dispensé.

Si je demande moi-même la dispense, mon employeur doit-il me verser une indemnité ?

Non, et c’est une différence importante avec la dispense décidée par l’employeur. Lorsque c’est le salarié qui demande la dispense et que l’employeur l’accepte, le préavis n’est ni réalisé ni payé : aucune indemnité compensatrice n’est due pour la période non travaillée.

Un accord verbal de mon employeur suffit-il pour partir sans préavis ?

La loi n’impose pas de formalisme écrit particulier, mais l’accord de l’employeur doit être exprès, c’est-à-dire clair et non équivoque. En pratique, un accord seulement verbal expose à des contestations ultérieures : il vaut mieux le faire confirmer par écrit avant de quitter son poste.

Sources

Sources consultées le 14 septembre 2026.

Vérifié à cette date. Les règles évoluent : reportez-vous à la source officielle avant toute démarche.

  1. code.travail.gouv.fr/fiche-service-public/demission-licenciement-peut-on-travailler-ailleurs-avant-la-fin-du-preavis
  2. code.travail.gouv.fr/modeles-de-courriers/rupture-anticipee-du-cdd-suite-a-une-embauche-en-cdi
LA
L'auteur
Laurence Adèle

Laurence Adèle est la signature éditoriale de SUPMAG, média indépendant dédié à la vie professionnelle : emploi, métiers, formation, droit du travail, entreprise et finances personnelles. Sa mission : décrypter sans jargon des sujets souvent complexes, à partir de sources officielles vérifiées, pour vous aider à décider par vous-même. Les contenus sont informatifs et ne remplacent pas un conseil personnalisé.Transparence : les articles sont rédigés avec l'aide d'outils d'intelligence artificielle, puis relus, vérifiés et corrigés avant publication. Les montants, les seuils et les références réglementaires sont contrôlés un par un à leur source officielle.

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